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Beckett, Samuel

Beckett, Samuel

Auteur(e) : Samuel Beckett, 1906-1989.

Ayant effectué de brillantes études universitaires, Beckett possède une excellente connaissance des langues, il est perfectionniste, assoiffé de savoir, féru de philosophie, psychologie et théologie. Partisan de la pensée symbolique[1]. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1969.

Courant littéraire

Une époque et un courant littéraire. Le théâtre de la dérision ou de l’absurde, impuissants devant la guerre et ses horreurs (Holocauste, 39-45, Hiroshima et Nagasaki, …), découle de l’impossibilité après la guerre de faire le théâtre comme avant. Le contexte d’après guerre stimule cette nécessité de produire un « nouveau théâtre » (espoirs liés au marxisme s’effondrent, l’instabilité politique générée par les blocs Est/Ouest, …).

Thématique(s) générale(s) :

  1. La langue en question : Nécessité de travailler la forme du discours tenu sur scène en utilisant :
    • Répétitions, soit en termes de scène, soit en termes de mots prononcés plusieurs fois. Ces répétitions donnent un sentiment d’enlisement et d’engourdissement (déchéance des êtres).
    • Relation au langage et détournement ludique des expressions pour dire des choses désespérantes (« de faufil en aiguille »[2], « notre père qui êtes au… Silence ! »[3])
    • But : faire sourire avec l’atroce (dérision)
    • Parole : conscience de son insuffisance et de son échec (la parole est incapable de retranscrire fidèlement ce que l’homme ressent). Engloutissement, disparition du sujet au final. Aucune issue.
  2. Solitude et déréliction[4]
    • Concrétiser la solitude, la représenter dramatiquement, faire d’elle une expérience psychique et émotionnelle
    • Cette solitude se matérialise dans le décor.
    • Personnages tentent de refouler leur solitude
    • Incommunicabilité fondamentale sépare les êtres
  3. Souffrance et angoisse
    • Suicide –> personnages envisagent le suicide, ce n’est pas par manque d’envie de vivre. On ne se tue jamais pour mourir mais parce qu’on voudrait vivre – les personnages sont paralysés par de lourdes chaînes : sentiment de culpabilité, d’échec ou de solitude, vanité de l’amitié ou de l’amour, conscience aigüe de ses propres limites, manque d’absolu et d’espoir.
  4. Absurdité de la condition humaine
    • Tous les êtres humains partagent le même sentiment d’être jetés dans le monde : on naît sans le vouloir, on souffre on ne se suffit pas, on est mortel.
    • Absurdité de la nature humaine : l’être est un tissu de contradiction.
    • Absurdité de la métaphysique : situation de l’homme dans l’univers.
  5. La dérision
    • Il y a une prise de recul en se réfugiant dans la dérision : dérision et tragique résultent d’une prise de conscience de la condition humaine.
    • La condition humaine n’offre aucune issue, aucun espoir.
    • Dérision, sous-entend la moquerie.
    • Hyperbole : figure de style qui consiste à intervertir l’ordre naturel des mots ou disjoindre deux termes habituellement réunis.
    • La dérision se teinte d’agressivité, de cynisme et d’amertume. Discrédite la religion, l’amour, les sentiments.
    • Parfois le locuteur devient l’objet de son propre dédain.
    • Chez Beckett, ricanement amer résulte d’un contraste violent entre ce que l’homme espérait de la vie et ce qu’il obtient.
    • Désespoir trop pénible –> le moi cherche à l’éliminer en le substituant à l’ironie

Eléments constitutifs :

  1. PERSONNAGES BECKETTIENS
    • Focalisation sur le corps, l’individu et le fonctionnement du mental observé dans un moment précis.
    • Peu de personnage sur scène (1-4). Peu de personne à solitude des êtres.
    • L’être humain est d’abord un représentant de l’humanité.
    • Le souci d’universalité marque de son sceau toute l’œuvre de Beckett.
    • Les personnages n’entretiennent aucun rapport avec le monde extérieur.
    • Créatures beckettiennes s’écartent de la norme dans la mesure où de multiples infirmités les accablent.
    • Personnages astreints à une existence végétative –> créatures en décomposition
  2. CONSTRUCTION BECKETTIENNE
    • Récurrence du courant de conscience et du leitmotiv, alternance de la narration du dialogue ou monologue, éclatement d’un moi soumis ou paradoxe de la continuité et de la discontinuité, omniprésence du corps, désintégration de la langue et des valeurs de notre existence.
    • Maux physiques s’accompagnent de maux spirituels ou symboliques.
    • Symbolisme n’est à dessein jamais parfaitement clair afin qu’il n’y ait pas de réponses à toutes les questions qu’on se pose, de clef ouvrant toutes les portes.
    • Beckett : refuse l’omniprésence + identité de chaque homme est introuvable.
    • Le théâtre de la dérision refuse le rapport cause à effet.
    • Pas d’intrigue, ni d’évolution
    • Absence de causalité et par conséquent de progression dramatique
  3. Situation et métamorphose du dialogue
    • Le théâtre de la dérision a bouleversé le domaine de l’expression verbale.
    • Nouveau théâtre rejette :
      • Langue constitue le moyen d’expression dramatique essentiel
      • Langue porte le sceau de la bonne littérature
      • Langue implique une métaphysique sous –entendant le respect du verbe
    • Conscience que ce qui s’exprimait traditionnellement sous forme verbale pouvait être exprimé autrement : Au lieu de faire dire, on ferait sentir.
    • Langue perd son prestige au profit du langage scénique
    • Langage apparaît comme un instrument imparfait.

A lire :

  • Fin de partie
  • En attendant Godot
  • Oh les beaux jours

[1] « Contrairement à la pensée logique, qui conçoit ses objets au moyen de concepts obéissant aux règles logiques assurant la non-contradiction, la pensée symbolique se représente les siens au moyen de symboles individuels ou sociaux qui autorisent des glissements de sens pouvant défier toute logique réglant la permanence des croyances, des jugements ou des raisonnements. » Fondation Jean Piaget, http://www.fondationjeanpiaget.ch (consulté en août).

[2] BECKETT, Samuel, Fin de Partie, Paris : Ed. de Minuit p.35.

[3] Ibid. p.74.

[4] Sentiment d’abandon et de solitude morale.

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